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Cost avoidance : définition, et pourquoi ce n'est pas une économie au P&L

Évitement de coût et économie ferme : deux chiffres, deux usages

Par Alexandre Lio, fondateur de The Procurementor, ex-Amazon EMEA et ex-Cellnex

Dernière mise à jour :

Le cost avoidance, ou évitement de coût, est une hausse de dépense que les achats ont empêchée : la dépense augmente moins que prévu, mais elle ne baisse pas. Une économie ferme, à l'inverse, réduit une dépense existante et se retrouve au compte de résultat.

Les deux sont légitimes. Les additionner sans les distinguer est la première chose qu'un directeur financier refuse.

Deux définitions

  • Économie ferme (hard saving) : une dépense que l'entreprise avait réellement, et qui baisse. Un prix unitaire renégocié à la baisse, un contrat résilié. Elle se voit au budget, puis au compte de résultat.
  • Évitement de coût (cost avoidance) : une hausse qui aurait eu lieu, et qui est réduite ou annulée. Une augmentation tarifaire ramenée de 8 % à 3 %, une clause d'indexation écartée. La dépense réelle ne baisse pas ; elle augmente moins.

Exemple chiffré : le même contrat, deux issues

Un contrat de maintenance de 200 000 € par an arrive à échéance. Deux scénarios, qui valent chacun 10 000 € de résultat achats :

Cas A : hausse limitéeCas B : baisse obtenue
Dépense de l'an dernier200 000 €200 000 €
Demande du fournisseur216 000 € (+8 %)Aucune
Dépense après négociation206 000 € (+3 %)190 000 €
Résultat achats10 000 € d'évitement de coût10 000 € d'économie ferme
Effet sur le budget+6 000 €−10 000 €

Dans le cas A, l'acheteur a fait un travail réel : sans lui, l'entreprise aurait payé 216 000 €. Mais la ligne budgétaire augmente de 6 000 €. Si ces 10 000 € sont présentés comme une économie, le directeur financier les cherchera au compte de résultat et ne les trouvera pas. Le doute s'étendra alors aux économies fermes, qui, elles, étaient bien réelles.

Économie ferme et évitement de coût, côte à côte

CritèreÉconomie fermeÉvitement de coût
RéférenceLa dépense réelle passéeLa dépense qui aurait eu lieu
Effet sur le budgetLa ligne baisseLa ligne ne baisse pas
Visible au compte de résultatOuiNon
PreuveFactures avant et aprèsDemande de hausse écrite du fournisseur, indice de marché
ReportingDans le total de référence, une fois validéeÀ part, jamais additionné

Comment calculer et documenter un évitement de coût

Évitement de coût = (hausse demandée − hausse acceptée) × dépense de référence.

Dans l'exemple : (8 % − 3 %) × 200 000 € = 10 000 €. La difficulté n'est pas le calcul, c'est la preuve : aucune facture ne montre ce que l'entreprise n'a pas payé. Trois pièces rendent un évitement défendable :

  • La demande de hausse du fournisseur, écrite et datée, ou l'indice de marché qui la justifiait.
  • Le résultat de la négociation : contrat ou avenant signé.
  • La dépense de référence sur laquelle la hausse se serait appliquée.

Sans la première pièce, l'évitement n'est qu'une affirmation. C'est la raison pour laquelle la finance valide chaque ligne sur pièces.

Trois cas limites

  • Le premier achat. Sans dépense passée, il n'y a pas d'économie ferme au sens strict. Un prix obtenu sous le budget approuvé ne devient une économie ferme que si le budget est effectivement réduit ; sinon, c'est un évitement.
  • L'indexation contractuelle. Une hausse prévue par une clause d'indice et renégociée à la baisse est un évitement : la dépense augmente tout de même.
  • La baisse de volume. Ce n'est ni l'un ni l'autre. L'entreprise a moins consommé ; le mérite revient à la gestion de la demande, et la ligne ne se déclare pas comme une économie de prix.

Dans le doute, la question à se poser est simple : la dépense de cette ligne sera-t-elle plus basse que l'an dernier ? Si oui, c'est une économie ferme. Si elle est seulement plus basse que ce qui était annoncé, c'est un évitement.

Pourquoi les distinguer

  • La finance ne reconnaît au compte de résultat que les économies fermes ; l'évitement relève du pilotage, pas du résultat.
  • Un total qui mélange les deux gonfle le chiffre et fait douter de tout le reste.
  • Un évitement bien documenté reste une performance : il mérite sa propre ligne, pas un déguisement.

Comment l'outil l'applique

Chaque ligne d'économie porte un type : « économie ferme » ou « évitement de coût ». Les tableaux de bord et les exports présentent toujours les deux séparément, pour que personne ne puisse afficher un total qui les additionne. C'est la deuxième des cinq règles de la méthode de calcul des économies achats.

Questions fréquentes

Le cost avoidance est-il une économie ?

C'est un résultat achats réel, mais pas une économie au sens comptable : la dépense ne baisse pas, elle augmente moins que prévu. On le suit et on le reporte à part.

Comment calculer un évitement de coût ?

En multipliant l'écart entre la hausse demandée et la hausse acceptée par la dépense de référence. Une hausse de 8 % ramenée à 3 % sur 200 000 € représente 10 000 € d'évitement.

Faut-il présenter l'évitement de coût à la finance ?

Oui, dans une ligne séparée et avec ses pièces. Le masquer prive les achats d'un résultat réel ; le mélanger aux économies fermes discrédite l'ensemble.

Quelle différence entre hard savings et soft savings ?

Les hard savings sont les économies fermes, visibles au compte de résultat. Les soft savings désignent le plus souvent l'évitement de coût et les gains qui ne réduisent pas directement une ligne budgétaire.